Les Inspirations

“Après plus de trente années de recherche sur les fondements humains dans le domaine de l’énergétique chinoise, des arts martiaux, et de la spiritualité, entre autres, par le christianisme et le bouddhisme zen, m’est apparue la nécessité d’écrire ce livre.

La plupart des personnes qui ont influencé mon parcours étaient dans cette rencontre Orient Occident. Élevé dans le christianisme, j’ai toujours été attiré par l’Orient, sans pour autant renier mes origines.

Il y eut d’abord Maître Noro, expert d’un art martial japonais, l’Aïkido, qui fut envoyé du Japon en France pour y répandre cet art. Puis il créa sa propre méthode, le Kinomichi, un art de la rencontre, en s’inspirant de nombreuses connaissances occidentales dans les domaines physiques et spirituels. Je l’ai suivi pendant 30 ans et j’enseigne cette discipline depuis plus de 20 ans. D’une certaine manière, je peux dire que je me suis en partie déconstruit pour mieux me reconstruire avec son enseignement, et surtout son sens du partage. J’ai enseigné régulièrement dans son « dojo », dans ses stages, les deux dernières années de sa vie.

En parallèle, l’étude approfondie de la médecine traditionnelle chinoise m’a permis de me familiariser avec les concepts philosophiques de l’Asie, de comprendre sa vision de l’homme et de son mental indissociable du corps.

L’ostéopathie et son approche plus occidentale du corps se révélèrent très complémentaires. Un travail en cabinet depuis 30 ans a affiné mon contact humain, et m’a permis d’acquérir une perception subtile du corps, qui me sert dans les arts martiaux.

Le QI Gong que j’ai enseigné 10 ans m’ouvrit les portes d’un certain irrationnel.

Enfin, mes discussions avec le père Breton, prêtre catholique, qui était habilité par les maîtres japonais à enseigner le zen furent primordiales pour comprendre les liens spirituels qui unissent l’Orient et l’Occident. Il fut un compagnon de pratique en Kinomichi depuis la première heure. Nous avons animé de nombreux stages ensemble, où je m’occupais de la partie corporelle. Je tentais de faire ressentir certains grands points de son enseignement oral aux stagiaires par le Kinomichi. Il m’a permis d’avoir une vision plus mystique des religions, allégées de la lourdeur des dogmes.

Dans mes pratiques thérapeutiques, j’étais donc très influencé par la vision orientale de la maladie. En Orient, la maladie signe une mauvaise orientation du chemin de réalisation de la personne. Confronté par les patients à des problèmes de chronicité de troubles physiques et mentaux, j’ai d’abord tenté de faire « parler » la douleur corporelle, qu’elle soit d’origine organique ou mentale.

En mettant le patient dans un état de relaxation profonde, je faisais remonter des images de l’inconscient qui nous révélaient le comportement responsable de la douleur. Très vite, il m’est apparu qu’il fallait aller chercher du côté de l’adaptation de la personne à son milieu.

Cette adaptation avait un fil conducteur, qui était la clé du choix de ce chemin illusoire. Elle dépendait de l’hérédité et de l’environnement d’accueil, mais elle était surtout le fruit d’un projet personnel rigoureusement défendu. Il fallait le retrouver pour comprendre comment le comportement général faisait écho à la problématique de vie.
En retrouvant les raisons du choix de cette adaptation, la méthode contactait les fondements de l’être humain.

À ce stade de la démarche, ma compagne, psychologue clinicienne dans une vision holistique, pratiquante et enseignante de Kinomichi, férue de calligraphie et de peinture traditionnelle chinoise, participe à la recherche.
Commence alors un long travail d’introspection qui nous permettra de mettre en évidence que l’élaboration de notre comportement d’adaptation n’a qu’un seul but, celui d’assouvir notre désir créateur.
Travaillant sur notre couple, nous avons pris contact avec notre désir de transcendance, notre désir de créer notre propre monde en nous appropriant notre conjoint. Cette appropriation nous faisait dire « moi », nous coupait du « nous » pour nous plonger dans l’opposition au monde.

Pour amener le patient à prendre conscience de cet aveuglement et que celui-ci participait à ses troubles actuels, nous avons conçu tout un parcours de questions.
Voyant que ce schéma d’adaptation était commun à tous, que nous construisions nos systèmes d’adaptation sur la même trame, il nous suffisait de suivre le fil conducteur : la croyance consciente ou inconsciente de l’être humain en son possible pouvoir transcendant.
Une fois cet aveuglement levé et les conséquences qui en découlent, comprises, une évolution est possible.
C’est à cette époque que nous avons appelé ce cheminement la « Mémoire de l’Origine ® » et que le patient est devenu un pratiquant.

Parallèlement, les arts martiaux (Kinomichi, Aïkido), la méditation zen, la prière m’ouvraient à cette quête de l’unité. Il m’a été donné de prendre conscience du vécu de « l’instant » de totale réciprocité avec un partenaire ou la nature, ce moment dont on ressort avec la certitude que le monde est dans l’Unité, l’Harmonie, l’Amour. La dualité, qui nous plonge dans l’opposition/complémentarité, n’est plus une fatalité.

On retrouve cet « instant » dans toutes les grandes traditions du monde sous différentes expressions comme le « présent du présent » en Orient, et plus « le présent de la Présence » en Occident. Ces mots expriment que le Principe créateur, le KI pour les Orientaux, Dieu pour d’autres, s’est exprimé. Cet « instant » se manifeste le plus souvent dans la relation à l’autre et au monde. Nous sentons que nous avons été réunis avec l’autre.
Dans la pratique des arts martiaux, étant dans la posture attentive de l’enseignant, il m’a été permis de voir les effets de « l’instant ». J’ai compris très vite l’importance de faire ressentir cet instant de Réunion au pratiquant de Kinomichi et de la « Mémoire de l’Origine ® ». Effectivement, chacun d’entre nous, a en lui les marques de cet « instant », nous le vivons mais nous n’y sommes pas ouverts. Et dès que nous y pensons, nous voulons le saisir.

Dans la pratique du Kinomichi, en réalisant des mouvements avec un ou plusieurs partenaires, nous pouvons prendre conscience dans le corps, de notre incapacité à être dans une relation réciproque, à cause de notre nature humaine appropriative. Les seules paroles prononcées avec le thérapeute ne sauraient remplacer l’expérience du vécu de cette disharmonie. Cette prise de conscience faite, la pratique devient un chemin de réalisation, car notre nature peut évoluer. »

Pascal Elouard